« La lombalgie en entreprise n’est pas une maladie, c’est un symptôme »

vendredi 16 novembre 2018

C’est l’une des 1ere causes d’arrêt maladie en France. Le mal de dos coûte cher aux entreprises. Sujet principal des matinées employeurs, les lombalgies font l’objet d’un programme d’action spécifique. Nicolas Bourdonneau, ergonome et contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine, intervient pendant les 6 matinées organisées en Aquitaine. Interview.

On entend beaucoup parler des lombalgies… Mais qu’est ce que c’est ? 

La lombalgie n’est pas une maladie, c’est un symptôme. Il s’agit d’une douleur siégeant dans le bas du dos. Elle peut être intense, voire handicapante, mais elle n’est généralement  pas proportionnelle à la gravité des lésions, souvent bénignes. Ces dernières se situent au niveau des ligaments, des muscles et des tendons qui assurent un rôle locomoteur du rachis. Les lésions des disques intervertébraux n’expliquent quant à elle qu’une petite proportion des douleurs vertébrales… Cependant, quand la douleur s’installe, toute activité physique devient pénible voire impossible. Une prise en charge médicale adaptée devient alors indispensable.

Quels secteurs d’activité sont concernés ?

Sans surprise, les secteurs dans lesquels les métiers sont très physiques sont les plus touchés : transport et logistique, le secteur de l’aide à la personne (EHPAD, cliniques, Aide à domicile), la restauration, la grande distribution et le BTP

Comment une entreprise peut-elle identifier les situations à risques et passer à l’action ?

Il faut bien distinguer 2 types de facteurs de risque :

  • des facteurs de risque de lombalgies aiguë : manutentions, vibrations, postures pénibles, efforts, antécédents, corpulence…
  • des facteurs de risque de lombalgie chronique : stress et facteurs psycho-sociaux, durée de l’arrêt, inactivité, prise en charge inadaptée, tabac…

Si l’action première reste la réduction de ces 2 catégories de facteurs, il faut noter qu’un lien direct entre la durée d’inactivité et le risque de passage à la chronicité est démontré par de nombreuses études. Ainsi la meilleure façon de traiter la lombalgie est d’adapter le travail en maintenant une activité physique et réduire, voire supprimer, la durée d’inactivité du salarié concerné.

Comment prévenir ce risque et de quels moyens disposent les entreprises pour y parvenir ? 

Nous conseillons d’intégrer la prévention des lombalgies dans une démarche globale qui relève nécessairement de la volonté de l’employeur. Pour être efficace, elle devra être collective et pluridisciplinaire, faisant la part belle à l’écoute des salariés, à la mise en discussion des questions de pénibilité mais aussi à l’accompagnement des salariés lombalgiques.

De nombreux outils d’évaluation existent, notamment pour analyser les risques liés aux manutentions manuelles, mais tous ne suscitent pas le même intérêt de la part des entreprises. L’utilisation d’échelles subjectives (CR10 dite « De borg ou RPE) permet par exemple de quantifier la pénibilité perçue et offre une base d’échange pour aborder cette question avec ses salariés.


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