Prévention des risques professionnels et performance économique : les 2 font la paire

Le lien direct entre prévention des risques et performance économique est un sujet bien présent dans le monde du travail. Trop souvent vécue comme une contrainte, la prévention bien comprise favoriserait au contraire la productivité de l’entreprise, donc ses performances économiques. Mais attention : pour être efficace, cette démarche doit faire de l’humain sa priorité. 

La prévention facteur de performance, pourquoi pas ? Toutefois, l’idée est loin d’avoir conquis toutes les entreprises, notamment les plus petites, dont la priorité reste la rentabilité financière. D’une manière générale, la prévention est considérée par les entreprises comme une obligation réglementaire contraignante, chronophage, donc coûteuse. Depuis les années 2000, d’ailleurs, cette approche réglementaire de la prévention s’essouffle : le taux d’accidents du travail ne baisse plus (environ 35 AT pour 1000 salariés) et l’on note même une augmentation des troubles musculosquelettiques (TMS) et des risques psychosociaux (RPS).

LA PRÉVENTION C’EST RENTABLE

Aborder la santé au travail sous l’angle de la rentabilité est un bon moyen de démontrer aux entreprises qu’elles ont un intérêt direct à intégrer des mesures de prévention et d’ergonomie en amont de leur chaîne de production. Toutes les études convergent vers le même chiffre : pour 1 euro investi dans la prévention, le Retour sur Investissement est de 2,2 euros au moins. Bien sûr, ce « ROI* » n’est pas immédiat et varie en fonction des actions mises en place. La formule « prévention = performance » s’applique à toutes les entreprises, petites et grandes : un accident du travail ou une maladie professionnelle évités représente une économie de temps, donc d’argent.

Il existe même des outils de calcul qui intègrent ces éléments pour mettre en place des mesures de prévention plus efficaces**. Au bout du compte, il n’est pas rare que les professionnels, accompagnés par la CARSAT pour optimiser la sécurité de leurs installations et la santé des salariés, perçoivent un lien évident entre prévention et performance : le chiffre d’affaires augmente, les produits ou les services deviennent plus concurrentiels, l’entreprise est plus compétitive et renforce sa notoriété.

L’HUMAIN AU COEUR DE LA PERFORMANCE

Mais attention ! Une entreprise performante ne l’est pas uniquement sur le plan économique, grâce à ses machines ou son business plan. Elle doit prendre en compte la part essentielle de l’humain : la créativité, la réactivité, l’engagement social d’une entreprise dépendant de l’implication et de la motivation des hommes et des femmes qui la composent.

Les méthodes d’amélioration continue ou de réduction des coûts et de rationalisation extrêmes des tâches comme le Lean Management par exemple, peuvent, si elles sont mal appliquées, se révéler contreproductives. En favorisant le travail statique, la répétitivité des tâches et en limitant les marges de manoeuvre, elles se traduiront par une dégradation des conditions de travail et donc de la performance.

Ainsi, développer une approche globale de la performance, c’est intégrer la prévention dans la stratégie économique de l’entreprise, concilier un objectif humaniste avec une approche productiviste. Ensemble, préventeurs, chefs d’entreprises et salariés doivent veiller à ne pas opposer ces deux derniers points et faire de chaque levier de performance (investissements, formations, etc.) une occasion d’améliorer l’efficacité, la qualité du travail et la santé des salariés... pour une performance durable !

* Return On Investment (= Retour sur Investissement)
**Grille d’appréciation du coût non assuré d’un accident : blogs.carsat-am.fr/cout-accident/

« NOUS AVONS GAGNÉ EN SÉRÉNITÉ ET EN PERFORMANCE » - Pierre Carrie, Directeur de LDC Aquitaine (Bazas)

LDC Aquitaine est une entreprise d’abattage, de découpe et de conditionnement de volailles en frais. Comme nous produisons de petites séries et un très grand nombre d’articles, la mécanisation n’est pas toujours possible. Nous avons encore recours aux gestes manuels pour l’emballage, l’étiquetage, etc. Les TMS sont particulièrement présents dans nos locaux. En plus des actions entreprises pour lutter contre ce risque, un référent sécurité travaille à la diffusion de la culture sécurité auprès du management et du personnel. Nous intégrons cette dimension dans tous nos projets d’aménagement et d’investissement. Ainsi, pour recréer un atelier de découpe de poulets qui emploie une centaine de personnes, nous avons collaboré avec des ergonomes et fait réaliser des prototypes à nos équipementiers afin de tester grandeur nature des postes ou des ensembles de postes. Résultat : aujourd’hui dans l’atelier, l’ambiance est beaucoup plus sereine, les employés se déplacent moins. On observe aussi que, pour un même nombre  e salariés, les volumes traités sont en hausse. Enfin, nous avons limité la perte de matière première, ce qui améliorera à terme le résultat de l’entreprise. 

Cet article est extrait du dernier numéro de Vigie, la lettre d'information sur les risques professionnels de la CARSAT Aquitaine - Lire le numéro complet


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