Ondes électromagnétiques : prenez la mesure du risque

lundi 05 août 2019

Installations électriques, wifi, bluetooth, radio radar, IRM… « L’électrosmog » envahit nos villes, nos campagnes, nos entreprises. Et quand les champs électromagnétiques sont générés par des appareils industriels (fours à induction, soudeuses haute fréquence, etc.), ils peuvent être encore plus puissants! Problème: au-delà d’un certain seuil, ces rayonnements dits «non-ionisants» et invisibles peuvent produire des effets néfastes sur le corps humain. À l’heure où de plus en plus de cas de personnes électrosensibles sont médiatisés, comment évaluer les risques dans les entreprises et quelles sont les solutions de prévention?

Dans la famille des rayonnements non-ionisants (RNI), je voudrais les champs électriques, magnétiques et électromagnétiques... Bien qu’indétectables par les sens humains, ils ne sont pas sans effets sur la santé.

BRÛLURES, EXPLOSION, ET ZUMBA DANS LE PACEMAKER!

Les champs électromagnétiques dont les fréquences sont comprises entre 0 et 300 GHz (Gigahertz) peuvent avoir une incidence sur la santé et la sécurité des personnes. Une exposition directe peut provoquer un échauffement des tissus humains, des brûlures ou une stimulation du système nerveux. On parle d’effets indirects lorsque les champs électromagnétiques sont à l’origine d’un arc ou d’une étincelle pouvant causer un incendie ou une explosion mais aussi perturber le fonctionnement d’appareils électroniques ou de dispositifs médicaux comme les pacemakers et les prothèses auditives.
À très basse fréquence, ils peuvent être sources de vertiges, de nausées ou de troubles visuels (phosphènes rétiniens) : des effets sensoriels d’autant plus dangereux pour les salariés en milieu confiné, en situation de travail isolé ou lors de travaux en hauteur.

PRENDRE LA MESURE DU RISQUE

À ce jour, les effets d’une exposition faible mais régulière sur le corps humain ne sont pas scientifiquement prouvés. Toutefois, une réglementation récente (2016) prend en compte les effets directs et indirects sur la santé des travailleurs. Problème: comme les RNI sont indétectables par les sens humains (invisibles, inaudibles, incolores, inodores, etc.), il est indispensable de repérer les sources d’émission. Pour en évaluer la puissance, on les mesure et on les compare à 2 types de valeurs : les valeurs limites d’exposition (VLE) et les valeurs déclenchant l’action de prévention (VA). En cas de dépassement des VA, si l’employeur ne peut remplacer la source d’émission par d’autres appareils moins émissifs, il peut faire réaliser un blindage ou réorganiser le poste de travail afin d’éloigner les opérateurs de ladite source... Il doit en tous cas veiller en priorité à la santé et la sécurité des salariés les plus fragiles, comme les femmes enceintes ou les personnes munies de dispositifs médicaux implantés (prothèses, pacemakers, etc) notamment grâce à la mise en place et à la bonne utilisation de protections collectives. Si la mesure à la source s’avère trop compliquée, l’employeur peut toujours faire appel à la CARSAT qui dépêchera sur place les spécialistes du Centre de Mesures Physiques.

"DE PLUS EN PLUS DE DÉCLARATIONS DE TROUBLES DUS À UNE ÉLECTRO SENSIBILITÉ AVÉRÉE... OU PAS"
Notre centre a pour mission d’identifier, de mesurer et d’analyser les risques physiques auxquels sont exposés les salariés. Depuis 2000, nous intervenons sur toute la Nouvelle-Aquitaine pour mesurer les champs électromagnétiques à la demande des contrôleurs et apporter les conseils associés. Je consacre environ 30 % de mon temps à cette activité, qui est en nette augmentation depuis 3 ans. En effet, à la suite de la mise en place de la nouvelle réglementation en 2016, les professionnels sont tenus d’évaluer ce risque au même titre que les autres. Toutes les entreprises sont concernées, dans toutes les activités industrielles, y compris dans le tertiaire où l’on dénombre de plus en plus de sources de champs électromagnétiques (équipements reliés au réseau électrique, téléphonie mobile ou DECT, wifi, Bluetooth...). Certains salariés se disent électrosensibles et souffrent réellement, alors même que nos mesures détectent peu de champs électromagnétiques dans leur environnement de travail. Si, toutefois, ces champs sont avérés dans l’entreprise et que les valeurs d’exposition sont dépassées, nous demandons la mise en place des moyens de prévention comme l’aménagement de poste, l’éloignement des opérateurs de la source ou la mise en place de blindages. Nous leur expliquons aussi comment bien utiliser les protections: le cas du soudeur qui porte le câble de sa machine à souder sur l’épaule est encore trop fréquent!


Commentaires (0)